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Logement : à Marseille, un fonds pour innover

Lu sur « La Provence » (une fois n’est pas coutume! 😉 )

Logement : à Marseille, un fonds pour innover

Six millions d’euros : d’ici 2018, c’est ce que la communauté urbaine Marseille Provence métropole aura injecté dans un nouveau fonds d’innovation en faveur du logement. « L’idée en a germé lors des Etats généraux du logement en 2011, expose Pascal Marchand à MPM. Au moment où l’on définissait le Plan local pour l’habitat (PLH), nous cherchions les moyens d’innover dans ce domaine. » Originalité de ce projet, il s’adresse à tous les porteurs potentiels de bonnes idées, à l’exception des structures à vocation commerciale.

Lancé fin juin 2012, le projet est suivi par un comité de pilotage (1) présidé par François Leclercq, architecte urbaniste qui a dessiné l’extension d’Euroméditerranée ; il vient de récompenser ses deux premiers lauréats : sur les six projets reçus, l’association Soleil posé, avec son envie de faire renaître le béguinage (lire aussi ci-dessous) et les Compagnons bâtisseurs, qui proposent de créer une plateforme solidaire de matériaux du BTP, ont été retenus.

« Les critères sélectionnés ont été l’innovation, bien entendu, précise Pascal Marchand, mais aussi que les projets soient reproductibles et répondent aux objectifs du PLH : la lutte contre l’étalement urbain, l’économie énergétique, l’offre de logements publics pour les personnes les plus fragiles, la participation citoyenne. » Quelque 63 000 € ont d’ores et déjà été accordés à Soleil posé, 35 000 € aux Compagnons bâtisseurs. « On ne finance pas l’intégralité des projets, car nous n’en sommes pas les porteurs. Mais nous tenons à apporter notre soutien. » L’appel à projets sera relancé « périodiquement » afin d’accompagner de nouvelles idées permettant de répondre de façon originale aux besoins en logements de Marseille et de la communauté urbaine.

(1) Le comité de pilotage est composé du président du conseil de développement de MPM, de représentants de l’Ordre des architectes, du Syndicat des architectes, de l’association des Maîtres d’ouvrage Amo, de l’école d’architecture de Luminy, de la Fédération nationale du bâtiment, de la Capeb, de Marseille rénovation urbaine, de l’Ademe, etc.

« On n’invente rien, on s’inspire de ce qui a marché »

Quelle est la pire compagne de l’homme : la pauvreté, la maladie ? Non, vous dirait Jean-Charles Escribano, infirmier en gériatrie et ingénieur en études sanitaires marseillais ; le pire, « c’est de crever de ne compter pour personne ».

La perte de liens sociaux, l’isolement, le repli sur soi, la solitude font des ravages chez les personnes âgées qui « représentent 1/3 des suicides » chaque année en France, « mais on n’en parle pas de ces morts-là. Ou on veut se convaincre qu’ils se tuent parce qu’ils sont malades : ils se tuent surtout parce qu’ils sont seuls avec la vieillesse. Ça, on n’a pas envie de l’entendre », soupire-t-il.

Parce que « presque personne dans ce pays » ne s’occupe de la fin de vie des seniors les plus pauvres, et que « de toute façon, 99 % des gens n’ont pas envie de finir en maison de retraite, ils n’y vont, quand ils peuvent payer, que contraints et forcés », Jean-Charles Escribano a présenté un projet de logement prenant en compte cette détresse. Il a été retenu par le comité de pilotage du fonds d’innovation pour le logement de MPM. Son idée ? Elle n’est pas neuve : « Au Moyen-Âge, des femmes se sont installées ensemble pour faire face à leur isolement et leur précarité économique, raconte Jean-Charles. Après la Première Guerre mondiale, on a vu renaître cette forme d’habitat collectif que l’on appelle le béguinage. À chaque crise, sa solidarité. On n’invente rien, on s’inspire de ce qui a marché, on l’adapte. »

Toujours présente en Belgique, et désormais aussi dans le Nord de la France, cette forme de colocation pour seniors est de fait du « logement très social ». Les personnes disposent d’une chambre et de sanitaires privés, mais partagent des espaces de vie collectifs (salon, cuisine, buanderie). Des lieux où retresser le lien social effiloché au fil des années, un refuge où retrouver le goût des autres et de la vie aussi, tout simplement.

Portée par « Soleil posé », l’association créée par l’infirmier marseillais, et désormais soutenue par André Jolivet, le président du conseil régional de l’Ordre des architectes, mais aussi le bailleur 13 Habitat, le projet a trouvé un terrain pour s’ancrer, à la Viste, dans les quartiers Nord de la cité phocéenne. Traverse Bonnet (15e), il s’agira de construire huit appartements de 100 m², habités chacun par quatre retraités. Un accompagnement social sera également dispensé par l’association, au quotidien. « On fera aussi une serre, afin de cultiver des légumes qui permettront de réaliser des économies sur le budget alimentaire », précise l’infirmier marseillais. Le coût de cette résidence sociale pas comme les autres a été estimé à 3 M€.

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